“À Martigues, le compagnon violent avait tiré au pistolet vers sa compagne avant de sauter du balcon”, La Provence, 19 décembre 2025
“Christopher Bernard comparaît jusqu’à demain pour tentative de meurtre devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône. Au premier jour du procès de ce délinquant multirécidiviste, à la personnalité inquiétante, la question de son discernement le soir des faits est posée.
L’œil droit de Christopher Bernard, une larme à l’encre noire, semble se mouvoir sur sa peau lorsque l’accusé se montre anguleux, au gré d’une déclaration qui heurte, d’une saillie cinglante du président de la cour d’assises. L’homme de 41 ans, dont le procès s’est ouvert hier à Aix-en-Provence, comparaît jusqu’à demain pour tentative de meurtre et plusieurs autres infractions secondaires. Tentative de féminicide, pourrait-on préciser, même si ce terme n’existe pas dans le Code pénal.
Le 2 août 2021, dans un appartement de la cité Saint-Roch à Martigues, c’est en direction de sa compagne Zoé* que Christopher Bernard a pointé le canon de son pistolet semi-automatique Smith & Wesson, une arme volée, achetée sous le manteau. Peu de temps auparavant, cette dernière avait rejoint son compagnon (en fuite depuis qu’il avait ôté le bracelet électronique récolté lors d’une précédente condamnation) chez sa belle-sœur, Anna*, avec ses deux petites filles de 9 et 5 ans.
Chute du balcon du 4e étage
D’après les témoignages des deux femmes, corroborés par ceux des fillettes, l’homme aurait soudain bondi à travers la pièce en criant « Voilà mon sang ! », avant de tirer plusieurs coups de feu, dont l’un aurait frôlé Zoé, puis d’asséner un coup de crosse à cette dernière, lui brisant le nez. Christopher Bernard aurait enfin saisi Anna à la gorge avant de fuir par le balcon du 4e étage, descendant jusqu’à celui du 2e d’où il avait chuté, se brisant les deux bras, la hanche et se luxant l’épaule.
À l’ouverture des débats, hier, l’accusé a reconnu coups de feu et violences, mais nié toute intention malveillante, assurant avoir « tiré pour (se) défendre ». Au cours de l’instruction, il avait d’abord justifié son geste par une crise de paranoïa, avant d’assurer au magistrat instructeur qu’il avait été ce jour-là assailli par un commando armé jusqu’aux dents, sur fond de trafic de stupéfiants. L’interrogatoire sur les faits est prévu aujourd’hui.
« La prise de toxiques n’amène pas à l’irresponsabilité »
Dans l’intervalle, c’est sur la personnalité de Christopher Bernard que s’est penchée la cour hier. Un homme au parcours chaotique, hôte régulier des établissements de l’administration pénitentiaire au gré des 24 condamnations que compte son casier judiciaire depuis 2002, pour vols, trafic de stupéfiants, violences… « Je m’en fous de la prison, j’y suis né », avait-il déclaré au psychologue chargé de l’expertiser.
Un accusé, surtout, dont la santé mentale est au cœur de ce procès. Quatre experts se sont succédé à son chevet: trois psychiatres et un psychologue. Ce dernier a estimé que Christopher Bernard souffrait d’une « schizophrénie à tendance paranoïaque » ainsi que d’une « psychopathie sur un versant criminel », et qu’il était en pleine crise, amplifiée par la prise de toxiques, alcool, cocaïne et cannabis, lors des tirs. Une pathologie mentale qui, si elle était retenue, pourrait amener la cour d’assises à juger que son discernement était altéré ou aboli.
Les trois psychiatres, eux, ont réfuté ces conclusions. « La prise de toxiques n’amène pas à l’irresponsabilité. Il est consommateur depuis des années, il sait pertinemment que cette addiction altère son rapport à la réalité. […] Pour moi, il est responsable de ses actes », a recadré l’une d’entre elles à la barre hier.”